Jours 514 à 602
On quitte le Brésil après trois mois dans ce pays immense… presque la taille de l’Europe ! Et pourtant, on a l’impression de n’en avoir vu qu’un morceau.
Trois mois, et un truc qu’on n’avait encore jamais vraiment ressenti depuis le début du voyage : l’envie de revenir. Et même, pourquoi pas, d’y vivre un jour.
Pourtant notre arrivée au Brésil avait commencé assez fort !
La BR-319
À peine la frontière passée, on attaque la BR-319. 870 kilomètres de piste abandonnée au milieu de l’Amazonie, avec des centaines de ponts en bois dans des états parfois… discutables.
Quand il fait sec, on mange de la poussière orange toute la journée. Quand la pluie arrive, la piste devient une vraie patinoire.
On aide une voiture complètement embourbée, on croise des camions couchés, d’autres à moitié dans le fossé… puis c’est notre tour. Woody commence à glisser vers le vide et un camion doit nous tirer avec un câble pour nous remettre sur la piste.
Je crois qu’à ce moment-là, Dan et moi, on avait surtout envie de pleurer.
Et on a pleuré d’ailleurs.
On continue quand même. Parfois à quelques kilomètres-heure, parfois beaucoup trop vite parce qu’on doit absolument attraper le ferry.
Au total : 870 kilomètres en deux jours et environ 32 heures de conduite.
Et Woody ? Aucun problème mécanique !
Il est juste devenu orange. Nous aussi.

Deux jours sur l’Amazone
À Manaus, on passe des heures à tout nettoyer avant d’embarquer Woody sur un ferry qui descend l’Amazone jusqu’à Santarém.
Presque deux jours sur le fleuve, à dormir dans des hamacs au milieu des familles brésiliennes. Le fleuve est tellement immense qu’on a parfois l’impression d’être en mer. Dan finit même quelques minutes aux commandes avec le capitaine !



Alter do Chão, notre troisième mission
Puis on arrive enfin à Alter do Chão pour notre troisième mission de volontariat, avec IPBio.
On va y rester presque un mois.
Là, on participe à plusieurs programmes autour de la biodiversité : observation des oiseaux, relevés scientifiques, sorties nocturnes… et surtout un projet de reforestation sur l’Ilha do Amor.
On transporte les jeunes arbres en traversant l’eau avec les brouettes, puis on replante des espèces locales pour essayer de limiter l’érosion de l’île.
Et forcément, moi, tout ce côté scientifique, j’adore.
On mesure, on note, on observe. On comprend aussi pourquoi planter n’importe quel arbre juste pour dire qu’on a « reboisé » ne sert à rien. Ici, tout est suivi, étudié, adapté au terrain et aux habitants.
Notre cagnotte nous permet aussi de participer financièrement au matériel et aux recherches de l’association.












Et puis l’Amazonie… c’est aussi les singes qui essayent de voler nos bananes dans Woody, les toucans au-dessus de nos têtes, Dan qui pêche des piranhas, les nouvelles saveurs qu’on découvre…
Et les dauphins roses !
Je fête mes 31 ans sur le Tapajós, entourée de dauphins roses au coucher du soleil. Là, même moi qui parle beaucoup, j’avais un peu moins de choses à dire.




Un mois à trois
Après Alter do Chão, direction Belém.
Et cette fois, on récupère quelqu’un !
Laura, ma sœur, nous rejoint pour un mois de vacances.
Nous voilà donc trois dans nos 10 m², avec son matelas qu’on installe tous les soirs au milieu de Woody.
On commence par Belém, puis on longe la côte pendant presque un mois : Salinópolis, Ajuruteua, São Luís, les Lençóis Maranhenses, Jericoacoara, Praia das Fontes, Canoa Quebrada…
Notre premier Noël sous 30 degrés se passe à Salinópolis, face à la mer. Un Noël assez différent de ceux qu’on connaît en France !
Et comme souvent au Brésil, on rencontre quelqu’un complètement par hasard. Notre voisin, musicien de jazz, a vécu en France. Il finit par nous inviter à passer une partie de Noël avec sa famille.




Pour le Nouvel An, on part découvrir les Lençóis Maranhenses.
Des dunes blanches à perte de vue avec des lagunes d’eau douce entre elles… évidemment, je vais nager !
Pour y aller, on grimpe cette fois dans un 4×4 local qui connaît très bien le sable. Woody reste tranquillement de côté. Pour une fois, ça lui fait des vacances.
4 000 kilomètres à 50 km/h
Puis Laura repart, et nous, il faut commencer à descendre sérieusement vers le sud.
Très sérieusement même.
Il nous reste plus de 4 000 kilomètres avant l’Uruguay, avec un camion qui roule à maximum 50 km/h.
Alors on roule. Beaucoup.
Heureusement, les stations-service brésiliennes sont géniales pour ça : douches, énormes buffets où on paye au poids, grands parkings pour dormir… parfois même des salles de sport gratuites.
Oui oui. Des salles de sport dans les stations-service !
Je vais donc faire mes entraînements avec les chauffeurs routiers pendant nos pauses.
Le Minas Gerais et ses pierres
Sur la route, on découvre aussi le Minas Gerais, une région connue pour ses pierres.
Et là… catastrophe pour le poids de Woody.
On trouve des pierres directement par terre. Des jaspes, des quartz… Dan commence par me regarder les ramasser, puis cinq minutes après il fait exactement pareil.
À Ouro Preto, il y a des dizaines de boutiques de pierres et des variétés qu’on n’avait encore jamais vues. Améthystes, tourmalines, grenats, topazes, aquamarines…
On visite aussi une ancienne mine, avec toute l’histoire beaucoup moins jolie qui va avec : l’or et les pierres extraits pendant des années par des esclaves pour enrichir le Portugal.
Et c’est aussi ici que je fais remplacer l’aquamarine de ma bague de fiançailles, devenue presque transparente après avoir été retaillée. Cette fois, ma nouvelle pierre vient directement du Minas Gerais.
Rio de Janeiro
Puis… Rio de Janeiro.
Notre ville préférée au Brésil.
On monte au Christ Rédempteur, au Pão de Açúcar, au Pico da Tijuca. Je nage à Copacabana et à Praia Vermelha. On découvre Ipanema, Vidigal…
Et on va voir Flamengo jouer au Maracanã !
Ils gagnent.
L’ambiance est complètement folle. Même Dan, qui n’est franchement pas le plus grand fan de football du monde, se prend au jeu.


Ce qu’on garde du Brésil
Mais ce qu’on retient surtout du Brésil, ce sont les Brésiliens.
Cette facilité à venir nous parler. À nous inviter. À vouloir nous aider.
Et puis le sport, partout ! Les gens courent sur les plages, dans les parcs, font de la musculation dehors. On trouve des installations jusque dans les petites villes.
On aime aussi cette diversité. Les corps sont différents, les gens s’habillent comme ils veulent, les couples aussi. Je me sens bien ici.
Et évidemment… la nourriture.
Le guaraná, l’açaí qu’on mange presque tous les jours, le cupuaçu, le taperebá, la graviola, la farine de manioc partout, les tapiocas, le feijão…
Et les churrascarias !
Dan pourrait probablement vivre uniquement de picanha.
Moi, d’açaí.
Le départ, dans l’urgence
On aurait très bien pu continuer comme ça encore quelques mois.
Sauf qu’une urgence en France va complètement changer nos plans.
Il faut sortir du Brésil, vite.
On reprend donc la route vers l’Uruguay et, dans les derniers jours, un camion nous double puis se rabat trop tôt sur Woody.
Le choc est violent.
Notre rétroviseur gauche est arraché, le clignotant et une lampe explosent, la vitre casse sur moi et tout le côté gauche de Woody est abîmé.
On se retrouve avec du verre partout… et encore de la route devant nous.
Alors on continue comme ça jusqu’à la frontière.
On entre finalement en Uruguay deux jours avant la fin de notre visa.
Et derrière nous, il reste le Brésil.
Trois mois de jungle, de plages, de pistes, de pierres, de rencontres, de nourriture beaucoup trop bonne… et cette sensation qu’on n’a vraiment pas fini avec ce pays.
Parce que si aujourd’hui on devait choisir quelque part où poser Woody un peu plus longtemps…
Le Brésil serait clairement en haut de la liste !

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Bon courage les jeunes. Je vois que votre tour du monde vous plaît beaucoup. Malheureusement il vous faudra un jour penser au retour en Alsace. Gérard Riesterer
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